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« Lutter contre « l’état des choses », aller contre « ce qui est », c’est sans doute pour moi le sens de l’art. Être là où je ne pense pas être, disparaître là où je pense être, voilà l’important.»   K.Yoshida.

Kimiko Yoshida est une photographe/plasticienne contemporaine japonaise. Elle est née à Tokyo en 1963 et a commencé ses études de photographie au Japon avant de fuir son pays natal et son enfance douloureuse pour s’installer en France.

Cette artiste est vraiment un coup de cœur, à chaque fois que je me plonge dans ses clichés je suis hypnotisée. Je me souviens que lors de mes cours d’histoire de l’art, la beauté et la singularité de son travail m’avaient toujours passionnée. Au travers de ses séries d’autoportraits, elle nous laisse entrevoir une suite d’identités et une multiplicité de réflexions liées à la transformation et à l’universalité. « La transformation m’apparaît comme la valeur ultime de l’art. » Son oeuvre est un voyage à travers différentes cultures et différentes époques.

Je l’ai découverte avec son oeuvre intitulée « Intangibility » qui porte sur une série d’autoportraits entre visibilité et invisibilité, entre apparition et disparition, entre apparence et abolition des frontières. Elle dit elle-même que son but est de chercher à montrer le regard de l’esprit à partir de la philosophie du zen. On médite traditionnellement devant la montagne; à la première étape de la méditation la montagne disparaît et à l’étape la plus élevée du zen, la montagne réapparaît. C’est le moment où l’être se confond avec le monde.

The Bride with a nô Mask. 2005

  • Les mariées célibataires.

 » Avec les significations nouvelles que j’ai gagnées en changeant de culture, avec la liberté que m’autorisent la langue et les structures de la pensée françaises, je réalise aujourd’hui des photos de « mariées célibataires » où se défait, mais à l’envers, la hantise de la petite fille horrifiée qui découvrit la servitude ancestrale du mariage arrangé et le destin humilié des femmes japonaises. Comment oublier cette confidence de ma mère quand j’avais huit ans et qui me fit tellement horreur ? Je découvris soudain que mes parents s’étaient vus pour la première fois le jour du mariage qui avait été intégralement arrangé par leurs familles respectives. Aujourd’hui, en une succession de figures sans doute conjuratoires, j’incarne une mariée paradoxale, intangible et célibataire, aux identités simultanément dramatiques, fictives, subtiles, parodiques et contradictoires. Dans une sorte de dépassement de ce qui fut mon expérience de créatrice de mode à Tokyo, je crée toutes sortes d’autoportraits quasi monochromes pour mettre en scène le mariage virtuel de la mariée célibataire, tour à tour veuve, cosmonaute, chinoise, manga, égyptienne… »

The Miao bride. 2009

The green tea Bride. 2006

The Shinto Bride. 2002

J’aime énormément sa série des mariées. A travers ces mariées travesties, Yoshida nous montre toute sa contestation féministe. Elle lutte contre la servitude volontaire des femmes, contre les identités soumises et contre les stéréotypies. Ayant depuis longtemps fait le deuil du Japon, son univers comporte aujourd’hui ses rêves de petite fille et le souvenir des légendes de son pays natal.

The Sakura Bride. 2006

The Miao bride. 2009

The Pokemon bride.

The bride with a bauta.

  • Exposition à la maison européenne de la photographie (2010)  ~ Là où je ne suis pas.

Kimiko Yoshida est en perpétuelle recherche du paradoxe. Elle farde sa peau afin de se fondre dans le décor, l’être humain disparaît et devient un accessoire. Elle déclare même « Mes autoportraits sont des natures mortes ».

La série « Peintures » procède par la pratique du détournement. Pour la photographe, il s’agit de détourner de leurs usages les objets de la vie quotidienne ou de la mode ; les chefs d’œuvre de l’histoire de la peinture ; ses précédentes Mariées ; et la pratique photographique elle-même.

Painting (Ophelia by Delacrois). 2010

Self-Portrait

Painting (Pallas, the greek goddess of wisdom, craft & arts by Botticelli). 2010

Cette évocation d’œuvres d’arts diverses, loin d’être une citation ou une imitation, est une allusion à une inscription, c’est-à-dire ce que le souvenir retient d’une peinture (un détail discret). De l’œuvre ne demeure donc plus que le petit détail élémentaire prélevé en éludant le reste du tableau.

Painting (Watteau). 2010

Painting (Warhol by himself). 2010

Painting (Pharaon by Gustav Doré). 2010

Dieu Aztèque. 2010

Painting (Odalisque algérienne by Renoir). 2010

 » Tout ce qui n’est pas moi m’intéresse. «   K.Yoshida.

L’art de Yoshida ne porte pas sur l’identité, mais sur l’identification. La question qui se pose n’est pas : « Qui suis-je ? », mais plutôt : « Combien suis-je ? » Au final, ces autoportraits sont des puissances facinatoires. Leur signification est projetée hors d’elles-mêmes. Le monochrome lui, délivre un infini chromatique qui représente un infini temporel.

Self-Portrait

Self-Portrait

Tout ce qui n’est pas moi

Self-Portrait

Self-Portrait.